Accueil Date de création : 28/06/07 Dernière mise à jour : 04/06/13 09:04 / 310 articles publiés

L’heureux retour d’Idir  posté le lundi 03 juin 2013 20:44

Blog de musickabyle :LA CHANSON KABYLE MODERNE, L’heureux retour d’Idir

Si le chanteur Idir n’est pas à présenter, son nouvel album, sorti le 04 février dernier chez Sony, l’est d’autant plus que cela faisait belle lurette que ses auditeurs berbérophones attendaient avec impatience un nouveau produit qui prolongerait cette aventure artistique entamée depuis les années 1970, depuis que la chanson Baba Inuba, jaillissant des fonds du Djurdjura traversa la méditerranée pour élire domicile même chez ceux qui ne connaissaient rien de cette culture millénaire menacée chaque jour de disparition, à mesure que disparaissent les frêles silhouettes des anciens.

 

Ainsi, commença l’aventure du jeune géologue que tout destinait à aller prospecter du pétrole dans le désert algérien...

 

Mais, l’art, imprévisible, l’a tiré au sort et lui a pris la main pour l’entrainer loin sur le chemin de la chanson kabyle...

Le pétrole finira bien un jour, mais l’art est éternel. 


D’album en album, Idir incarne la figure d’un artiste qui n’est pas pressé d’entrer dans le hit parade. Il sait très bien que ce n’est pas le nombre de produits qui compte mais leur qualité. Idir cultive cette distance digne des amusnaw, à laquelle s’ajoute la modestie qui le rend encore plus digne de son succès.


Vivant en France depuis de longues années, Idir n’a pas échappé au déterminisme du milieu dans lequel il a évolué.

 

Ceci l’a conduit à partager des expériences artistiques avec des chanteurs français aussi connus que Le Forestier pour ne citer que lui. D’aucuns, par chauvinisme ou par opportunisme mal déguisé, lui ont reproché de chanter en français, comme à Fellag d’avoir « changé de langue »...

 

Est-ce pour répondre à ses détracteurs que son dernier album est presqu’entièrement en kabyle? Qu’importe, l’essentiel est que ce maillon indispensable de la chanson kabyle revienne et en perpétue la chaine.


Le poète Ameziane Kezzar a mis sa main à l’ouvrage à travers deux titres : Targit une adaptation de la chanson The Scarborough Fair des chanteurs américains Paul Simon & Garfunkel, alors que Saεid Ulaεmara est une réécriture d’un chant traditionnel. Même s’il est construit sur un procédé caractéristique de la poésie traditionnelle (à savoir la répétition) le poème Ssaεid Ulaεmara n’en est pas moins moderne par son contenu : contrairement à la version déjà chantée par Taos Amrouche et Malika Ouahes, dans laquelle Saïd Oulamara apparait comme un être auquel le groupe reproche son exil et l’abandon des siens, Ameziane Kezzar, très moderniste, construit ici une figure égalitariste qui considère la femme et l’homme comme les deux faces d’une même médaille. 

 

Targit véhicule le rêve utopique de voir levées les frontières entre les peuples dans le monde et celui, moins utopique, de voir les siens réaliser un projet commun...


La mélodie de Plaisir d’amour, un chant entonné à travers le monde entier, est reprise ici par Idir pour convoquer les souvenirs persistants d’une enfance peuplée d’ogres et d’ogresses que véhiculent les contes merveilleux des nuits d’hiver. Des souvenirs qui ne se dissipent jamais malgré le temps qui passe. 
Adrar-inu (ma montagne) porte l’empreinte indélébile du style authentique d’Idir, tant par ses sonorités, sa mélodie que par le texte. La mélodie s’inspire d’un air corse chanté par Angelo Branduardi (Cf. la chanson La foire de l’est).

 

Mais là s’arrête la ressemblance. A travers le retour d’exil de l’enfant prodige, le texte est un hymne à la montagne qui, même si elle n’a que la dureté de son massif escarpé à offrir à ses enfants, ces derniers n’ont qu’elle pour seule patrie; qu’importe où les guide leur destin. 


Ibeddel zzman est une reprise/hommage à Ahcène Mezani, un chanteur de l’exil, mort dans le dénuement total. Idir introduit ici des sonorités latino qui donnent à la chanson de Mezani une empreinte particulière.

 

Est-ce pour rappeler la triste condition de nos artistes, que leur statut précaire ne protège pas, qu’Idir a fait cette chanson? Ou est-ce pour rappeler combien l’émigration traditionnelle était un douloureux exile et celle d’aujourd’hui un simple voyage ?

 

Idir est resté fidèle au musicien qu’il a toujours été en tenant à varier autant que possible les styles et les instruments dont il a tenu à montrer l’importance. Tuγac n wenẓul est ainsi une sorte de topographie des musiques du sud et montre la migration des musiques et l’influence musicale entre les peuples de la méditerranée. Ainsi pour abolir les frontières musicales (et culturelles), Idir rend hommage à Beethoven en adaptant un de ses morceaux dans un style qui rappelle et sonne comme un hommage à Khelifi Ahmed...

Typique des chants de louange connus dans la tradition cantique kabyle, Ufiγ est un chant traditionnel a capella exécuté par une voix féminine. Idir semble vouloir ici restituer une tradition telle qu’elle existe, en gardant son authenticité.


Depuis au moins son précédent album, Idir offre à sa fille le plaisir de participer à l’aventure en la faisant jouer au piano mais également en la laissant y mettre le grain de sa voix.

 

Une expérience qu’on ne peut que saluer car elle fournit un autre modèle de rapports entre les parents et leurs enfants. La rigidité de ces rapports dans le contexte traditionnel a produit moult traumatismes que les adultes continuent de trainer à un âge avancé... Idir montre, dans la chanson, la complicité, on ne peut plus épanouie et épanouissante, qui peut s’établir entre un père et sa fille. Dans Tbeddel axxam il confie sa tristesse lorsqu’elle quitte la maison parentale pour aller rejoindre l’homme de sa vie. Emouvante chanson qui doit arracher une larme à plus d’un père. 


La dernière chanson de l’album est encore plus intimiste. Il s’agit d’un chant a capella, dans lequel le chanteur implore le ciel, lui demandant, à défaut de lui rendre sa défunte maman, d’en prendre soin. On reconnaît au texte très poignant et à la voix embuée de larmes la sincérité du chanteur. Quand on connaît la pudeur d’Idir, on ne peut douter un seul instant de son intention : il ne s’agit nullement de mettre sa vie privée au grand jour mais d’un cri de douleur qui vient des entrailles, une douleur que seul connait celui qui a perdu sa mère.

 


© Amar Ameziane

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Ssiy Tafat [ Plaisir d'Amour ]  posté le lundi 03 juin 2013 20:43


La mélodie de Plaisir d’amour, un chant entonné à travers le monde entier, est reprise ici par Idir pour convoquer les souvenirs persistants d’une enfance peuplée d’ogres et d’ogresses que véhiculent les contes merveilleux des nuits d’hiver. Des souvenirs qui ne se dissipent jamais malgré le temps qui passe.

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Adrar Inu [ Ma Montagne ]  posté le lundi 03 juin 2013 20:40

Adrar-inu (ma montagne) porte l’empreinte indélébile du style authentique d’Idir, tant par ses sonorités, sa mélodie que par le texte. La mélodie s’inspire d’un air médiéval chanté par Angelo Branduardi (Cf. la chanson La foire de l’est). Mais là s’arrête la ressemblance. A travers le retour d’exil de l’enfant prodige, le texte est un hymne à la montagne qui, même si elle n’a que la dureté de son massif escarpé à offrir à ses enfants, ces derniers n’ont qu’elle pour seule patrie; qu’importe où les guide leur destin. 

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.  posté le lundi 03 juin 2013 20:36

Blog de musickabyle :LA CHANSON KABYLE MODERNE, .
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Targit [ Faisons un Rêve -Scarborough Fair ]  posté le lundi 03 juin 2013 20:35

Targit véhicule le rêve utopique de voir levées les frontières entre les peuples dans le monde et celui, moins utopique, de voir les siens réaliser un projet commun...


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